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De quelle Europe, de quelle France le monde a-t-il besoin ?

Cette question que j'ai est directement  inspirĂ©e de nos amis brĂ©siliens initiateurs du forum social mondial. Dans les dĂ©bats internes Ă  leur pays afin de rĂ©sister Ă  la logique nationaliste qui souvent les saisit Ă  leur tour ils ont introduit dans les dĂ©bats cette question : de quel BrĂ©sil le monde a-t il besoin ?  Il me semble que nous ferions bien de nous l'appliquer Ă  nous mĂŞmes alors que  l'Europe - et singulièrement la France - est en proie Ă   la montĂ©e des peurs et des xĂ©nophobies ( le rejet de l'Ă©tranger en grec).

Il est clair en effet que si nous nous posons la question en ces termes  le monde n'a pas besoin d'une Europe repliĂ©e sur elle mĂŞme, fermĂ©e sur les autres cultures et saisie par le retour de ses dĂ©mons qui ont ensanglantĂ© le monde par deux guerres mondiales et ces trois systèmes totalitaires que furent le nazisme, le fascisme et le stalinisme. De mĂŞme le monde n'a nul besoin d'une France tout Ă  la fois arrogante et  vouĂ©e Ă  un neopĂ©tainisme de sinistre mĂ©moire. Le monde par contre a besoin de cette France ouverte et rayonnante qui donne son plein sens Ă  un mouvement vers plus de libertĂ© face aux atteintes aux droits humains , plus d'Ă©galitĂ© face Ă  la montĂ©e des inĂ©galitĂ©s et des injustices sociales, et plus de fraternitĂ© face aux logiques de repli identitaires et d'intolĂ©rance. Et le monde a besoin aussi d'une Europe capable d'assumer positivement son dĂ©clin de puissance dominatrice pour muter consciemment vers une capacitĂ© de puissance crĂ©atrice au service de la paix, de la dĂ©mocratie et de la capacitĂ© de l'humanitĂ© Ă  faire face aux grands dĂ©fis Ă©cologiques et sociaux de ce temps.

S'agit il d'une vision totalement idĂ©aliste ou exagĂ©rĂ©ment optimiste ? En ces temps de dĂ©pression je voudrais dĂ©fendre l'idĂ©e que, sans en avoir conscience- et c'est lĂ  le problème- empiriquement, douloureusement, maladroitement l'Europe s'est engagĂ©e dans cette voie. Je m'appuie pour fonder cette hypothèse sur la relecture d'un rapport oubliĂ© commandĂ© en aoĂ»t 1963 par John Kennedy et remis trois ans après sa mort en 1966 Ă  son successeur. La question posĂ©e par Kennedy en pleine tentative de construire une coexistence pacifique durable avec l'URSS de l'Ă©poque Ă©tait la suivante : quelles consĂ©quences aurait un système mondial fondĂ© sur une paix durable ? Et la rĂ©ponse, terrible mais prĂ©visible, apportĂ©e ensuite par le groupe pluridisciplinaire consultĂ© fut : en l'Ă©tat actuel de nos connaissances le système fondĂ© sur le pouvoir de faire la guerre est trop structurant dans tous les domaines, Ă©conomique, social, culturel et pas seulement militaire pour l'abandonner. Ce rapport commentĂ© par JK Galbraith  sous le titre  « la paix indĂ©sirable ? Â»  mĂ©rite d'ĂŞtre aujourd'hui relu car il permet de mieux comprendre pourquoi un pouvoir structurellement fondĂ© sur le droit de dĂ©cider de la paix ou de la guerre, de la vie ou de la mort d'autrui a un besoin vital de se refabriquer des ennemis quand les logiques de paix finissent par s'installer durablement. On l'a vu avec l'utilisation du terrorisme, on le voit avec la nouvelle logique de l'ennemi intĂ©rieur dont la double figure de l'immigrĂ© et du rom sert aujourd'hui en France de tentative de relance pour une prĂ©sidence affaiblie et dĂ©shonorĂ©e.

Mais on peut voir aussi ces logiques rĂ©gressives  comme les tentatives en partie dĂ©sespĂ©rĂ©es du maintien des anciennes formes de pouvoir par rapport aux nouvelles qui cherchent Ă  s'inventer. De mĂŞme que les pires formes de la violence coloniale sont intervenues dans les phases prĂ©cĂ©dant sa chute (que l'on pense Ă  l'OAS en AlgĂ©rie) de mĂŞme on peut formuler l'hypothèse que ce que le rapport amĂ©ricain appelait « le système de la guerre Â» est aujourd'hui fortement Ă©branlĂ© et que c'est en Europe que cet Ă©branlement est le plus net. Les trois piliers d'un pouvoir fondĂ© sur le droit de vie et de mort exercĂ© par un individu ou une minoritĂ© sont aujourd'hui minĂ©s en Europe par l'abolition de la peine de mort, la fin de la conscription Ă  vocation militaire et  l'abandon de l'horizon de la guerre comme Ă©lĂ©ment structurant de l'organisation d'une sociĂ©tĂ© Ă  commencer par ses jeunes gĂ©nĂ©rations. Le problème vient de ce que ces trois bouleversements fondamentaux qui constituent une vĂ©ritable première dans l'histoire cruelle de l'humanitĂ© ne sont pas vĂ©cus consciemment et ne donnent pas lieu Ă  la construction d'alternatives positives au trĂ©pied mortifère de la guerre, du service militaire  et de la peine mort. L'Europe renonce Ă  la guerre certes mais ne s'est pas dotĂ©e d'une vision et d'une politique mondiale dynamique organisĂ©e autour de la promotion de la paix ce qui suppose une lutte implacable contre toutes les sources de guerre liĂ©es au cocktail explosif de l'humiliation et de la misère, de la destruction des Ă©cosystèmes ou du choc des civilisations. Elle abolit la peine de mort mais son système judiciaire reste fondĂ© sur une logique prioritairement punitive plus que prĂ©ventive et rĂ©paratrice; elle met fin presque partout au service militaire mais sans se donner les moyens d'organiser un service civique intergĂ©nĂ©rationnel  qui permettrait d'asseoir des politiques et des contributions sociales et publiques sur la durĂ©e de vie et non plus sur les seules activitĂ©s marchandes. Bref l'Europe reste au milieu du guĂ© perdant  les vestiges de son ancienne puissance dominatrice sans bĂ©nĂ©ficier pour autant du dynamisme d'une puissance crĂ©atrice. Une bonne partie de son impuissance, de sa fragmentation, voire de sa dĂ©pression viennent  de lĂ . Mais cette situation pourrait profondĂ©ment changer si des forces se mobilisaient pour promouvoir une vĂ©ritable politique europĂ©enne au service de la construction d'une paix mondiale fondĂ©e sur les droits civiques, la justice sociale, la prĂ©servation de nos Ă©cosystèmes et l'exigence de solidaritĂ©. Et la France peut sortir de sa propre rĂ©gression en travaillant Ă  redonner, sans mĂŞme attendre 2012, grâce aux forces citoyennes qui se sont levĂ©es Ă  l'initiative de la Ligue des Droits de l'Homme contre la xĂ©nophobie Ă  redonner toute leur force rayonnante Ă  ces trois mots si forts lorsqu'on ose assumer pleinement leur liaison dynamique : LibertĂ©, EgalitĂ©, FraternitĂ© ! 

http://www.ritimo.orgRitimo, un réseau d'information pour le développement et la solidarité internationale.

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Ritimo est un réseau de centres de documentation et d'information pour le développement et la solidarité internationale. En 1985, les centres de documentation « tiers-monde » se sont réunis pour créer le réseau Ritimo avec l'objectif d'informer le public pour renforcer la solidarité internationale. Ils rendent accessible et diffusent une information spécialisée sur les causes du mal-développement, les inégalités Nord Sud, les droits de l'homme. Ils veulent participer à la modification de nos choix de développement et agir pour une autre mondialisation.